la caresse d'un songe

des mots qui se nouent, qui s'étreignent, déposés là pour le plaisir, au gré de l'inspiration, et dans l'espoir que leur musique charme celles et ceux pour qui la sensualité est un art de vivre

28 avril 2008

C'était...il y a longtemps-2

Les jours passaient, aux autres semblables, m'offrant ces minutes de bonheur, de plaisir simple.
Puis un soir, j'ai levé les yeux et je ne l'ai pas vu. Sa fenêtre était orpheline de lui. Je ne trouvais pas son visage. C'était un vendredi. Le seul jour de la semaine où j'étais la seule à descendre du car.
Aussitôt, je me suis sentie triste, puis sotte, oui, sotte! Car il fallait bien l'être, pour avoir cru pendant tout ce temps, que j'avais pu le séduire, sans un mot, à distance! Alors mon Gimini ( mais si, Pinocchio!), ma petite voix intérieure ne m'a pas ménagée! T'es vraiment trop nulle ma pauv'fille! ...j'encaissais sans broncher quand j'ai entendu derrière moi

Bonsoir, jolie jeune fille!

Touchée. Pas encore coulée, mais ça ne devait pas tarder. Une seconde d'hésitation, une éternité. Une seconde, mais des milliers d'idées, de peurs, de joies, de folies qui traversent l'esprit.
Comme dans un rêve, je me suis retournée et j'ai découvert un ange. Comme ceux de Raphaël, mais qui auraient grandi. Il avait un visage rond, à la peau et aux traits fins, de grands yeux d'un vert profond, et des cheveux de geai, longs et bouclés.

J'étais habituée au physique ingrat et boutonneux de mes camarades de collège, et voilà que m'apparaissait le plus beau des visages.
Il m'a souri. Je ne sais plus ce que je lui ai dit. En revanche, je me rappelle de ses mots à lui...pourtant, j'ai oublié sa voix. Je me rappelle seulement qu'elle était douce. Il était si différent des autres! jusque dans sa façon de parler... d'ordinaire, je l'aurais trouvé décallé, "trop". Il n'était pas dans l'air du temps, il était hors du temps.
Nous avons marché jusque chez moi, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Il m'a appris qu'il avait attendu des semaines avant que je ne lève mon nez vers lui. Ca m'a fait sourire.
Les soirs ont passé. Il me raccompagnait toujours. Puis il a fini par me demander si j'accepterais de me promener avec lui après le diner. J'ai accepté sans hésitation.

***

Il faisait doux ce soir là. Je suis sortie de la maison avec deux bâtons de crême glaçée. Nous avons marché, main dans la main, et nous sommes arrivés à l'orée de la forêt. Le ciel était encore clair, et comme il ne connaissait rien de la région, je lui ai dit en riant viens! je vais te montrer un endroit kitschissime! C'est presque en courant que nous sommes arrivés à la clairière...à la grotte. Je n'avais pas menti: à cet endroit, les bigots du coin avaient reconstitué la grotte de Lourdes! ça l'a beaucoup amusé.

Nous avons trouvé un petit coin de mousse, et nous nous sommes allongés l'un contre l'autre. Je me souviens de mon émoi, la joue posée contre la chaleur de son torse. Il me serrait dans ses bras, et nous étions bien, le nez au ciel.

ciel

Il me parlait doucement à l'oreille et je me laissais bercer par sa voix. Je sentais mon corps frémir, s'éveiller à un trouble nouveau. Mon coeur battait dans mes tempes et dans mon ventre, que je sentais couler. Bien sûr, chaque mois, mon ventre coulait...mais là, je savais que c'était différent, que c'était autre chose! Il semblait si patient, si tendre! Je me suis redressée et me suis penchée au dessus de lui. Nous nous sommes tus. J'ai caressé son visage, puis, les yeux fermés, j'ai glissé mes doigts sous sa chemise. J'ai senti la douceur de sa peau glabre. J'ai perçu les battements de son coeur, rapides. J'ai déboutonné, un peu. Puis j'ai caressé ses cheveux. Ils étaient doux comme la soie. Quand j'ai ouvert mes yeux, son regard avait changé. Il brûlait d'un feu nouveau, fascinant, hypnotique.

J'ai approché mes lèvres des siennes, que j'ai d'abord frôlées, timidement, puis nous avons échangé notre premier baiser, au parfum vanille-fraise de la glace que nous avions mangée. C'est comme si la terre s'était dérobée sous mon corps. J'avais le coeur et les larmes au bord des yeux, tellement le bouleversement qui s'opérait en moi était violent: je découvrais le désir.

Il m'a bousculée pour inverser les rôles. Il était au dessus de moi à présent. Ses cheveux filtraient les derniers rayons du soleil. Il a glissé sa main sous mon t-shirt et il a doucement caressé mes seins. C'est alors que j'ai senti pour la première fois sur ma cuisse, le contact rigide d'un sexe d'homme. Bien sûr, je n'ai pas osé toucher. Je laissais mes doigts vagabonder sur la soie de son dos, alors qu'il léchait avec tant de délicatesse mes tétons frissonnants.

Je me souviens... je me souviens qu'il a dégrafé mon jean's, et qu'il a froissé ma toison de ses doigts. Je me souviens que j'étais prête, à m'offrir à ce garçon, si beau, si tendre, qui me récitait des poèmes de Rimbaud ou Baudelaire en caressant mes sourcils....

Enfin je me souviens de la violence du désir, de la douleur du désir....lorsqu'il s'est redressé, comme affolé, et qu'il m'a dit qu'il ne pouvait pas faire "ça". Qu'il ne pourrait plus se regarder en face. Que j'étais trop jeune, qu'il allait repartir à la fin de l'année scolaire, et qu'il ne reviendrait pas l'année suivante. Que j'étais trop belle, qu'il ne pouvait pas "me voler ma fleur". Qu'un autre que lui viendrait, et qu'il saurait s'en montrer digne.... tant de choses qui aujourd'hui encore, me font soupirer sur son souvenir, mais qui, à l'époque, m'ont fait si mal!

Il s'appelait Stéphane. Il avait 19 ans. Il habitait Corcieux. Il était mon premier Amour.
Nous nous sommes revus, jusqu'à son départ, fin juin. Nous nous sommes quittés, dans les larmes.
Il m'a écrit, longtemps, glissant dans ses lettres des fleurs des champs séchées...

Le temps a passé. L'an dernier, j'ai retrouvé le bâton de la crême glacée que j'avais gardé, parce qu'il l'avait mordillé. J'ai retrouvé les lettres, les fleurs...les émotions. Dans ma chambre, chez ma mère, tout était là. Elle n'avait touché à rien. Elle m'a regardée en souriant quand j'ai versé une larme. Elle aussi, se souvenait de ce garçon si gentil qui avait tant fait pleurer sa fille!

J'ai tout retrouvé, et j'ai tout brûlé: on ne repasse jamais par sa jeunesse....

Posté par chimeres à 15:25 - C'est beau la vie - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Hum... les souvenirs... les fleurs séchées avaient elles encore un parfum dans ce feu ???

Posté par modimo, 28 avril 2008 à 22:47

Pas si sûr...

" on ne repasse jamais par sa jeunesse... "

On ne repasse pas par elle, mais parfois elle nous traverse à nouveau. Dans un flash, avec quelqu'un d'autre mais avec toujours les mêmes émotions.
Tu n'aurais pas dû tout mettre au feu...

Posté par La Sorcière, 29 avril 2008 à 00:12

...

Modimo > oui, un parfum de nostalgie, vite envolé.

La Sorcière > tout d'abord, merci d'être sortie de l'ombre, belle sorcière! soit la bienvenue ici.
Bien sûr que la vie nous réserve toujours plein de belles surprises! Mais ces émotions là, celles de l'éveil à la sensualité, je crois qu'on ne les vie qu'une fois. C'est un bouleversement, une découverte, pas à pas, avec toute la candeur de l'enfance qui s'achève.
Par la suite, la magie est différente: c'est le plaisir d'un désir sans cesse renouvelé, d'autres découvertes, d'autres sensations...
J'ai tout brûlé parce que j'étais prête pour ça. Si j'ai gardé cette histoire si vivante en moi, alors que je pensais avoir perdu mes "reliques", c'est bien parce que je n'en avais pas besoin. Je l'ai souvent écrit ici: le meilleur est pour demain...

Posté par Chimeres, 29 avril 2008 à 08:14

D'abord, lorsque je suis arrivé sur le blog je me suis dit que c'était long à lire. Mais je l'ai fait, à la deucième phrase j'étais captivé par ton récit.
Ensuite, lorsque j'ai eu terminé, je suis resté un moment silencieux devant mon écran, un long moment, rêveur.
Enfin, j'aurais aimé être ce garçon.
Je t'embrasse.
Thierry.

Posté par Frissonnements, 29 avril 2008 à 09:13

...

Frissonnements > Je suis très touchée par ce beau compliment. Il est vrai que certains souvenirs prennent de la place. Je prends toujours beaucoup de plaisir en écrivant, même si je sais que les textes longs font fuir nombre de lecteurs (voyeurs?). merci d'avoir pris le temps...

Posté par Chimeres, 29 avril 2008 à 11:08

Grand plaisir

que ce retour ma belle amie !
Tes textes ne seront jamais trop longs pour moi...
Tu as su brûler ces reliques, tu avais franchi un pas décisif, ne pas se complaire dans les relents, même s'ils ont le goût (l'arrière-goût ?) du bonheur.
Tendres bises et bon week-end :)

Posté par Cara Mia, 30 avril 2008 à 23:04

...

Cara Mia > Tout le plaisir est pour moi! Bises complices

Posté par Chimeres, 01 mai 2008 à 16:23

et parfois

un souffle nouveau suffit à faire repartir les braises qui couvent sous les cendres ...
feu nouveau, feu incendaire, feu d'enfer !

Posté par bulle, 02 mai 2008 à 22:44

feu d'enfer

on parle de moi?
juste pour une bise...
lol!
;)

Posté par basic-instinct, 02 mai 2008 à 22:58

Brulures

La brulure sentimentale s'est éteinte pour te premettre de bruler ces reliques. A-t-il, pour autant, disparu de ton coeur, de ta mémoire, belle Chimères romantique ?

Bisous d'un sentimental à une sentimentale

Posté par Pascou, 05 mai 2008 à 12:36

...

Bulle > c'est étrange comme tes mots me font penser à une phrase, qui m'a touchée dans le dernier livre d'Anna Gavalda (que je recommande, c'est un sucre d'orge!): "longtemps encore je soufflerai sur mes souvenirs mal éteints"...

Basic-instinct > je l'attrappe au vol, cette bise infernale ;o) , et je t'en envoie une autre, angélique...comment ça, on y croit?!

Pascou < Oh non! il n'a pas disparu! en écrivant ces mots, je me suis même étonnée d'en avoir conservé un souvenir aussi vivant! j'adorerais le revoir, juste le revoir...

Posté par Chimeres, 05 mai 2008 à 14:36

Y a plus qu'à

rechercher ses nom et prénom sur "Trombi" et "Copainsdavant", hein ?

Bisous d'encouragement

Posté par Pascou, 05 mai 2008 à 17:29

oui mais...

j'ai oublié son nom! j'ai tout gardé, sauf son nom... pas grave! je préfère garder ce souvenir, je serais peut-être très déçu par ce qu'il est devenu!

Posté par Chimeres, 06 mai 2008 à 13:00

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